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mercredi 13 août 2014

Egypte : l'armée ou le chaos !

Evacuation sanglante de la place Ennahda au Caire
Il y a un an, au lendemain du massacre de masse perpétré au Caire par l'armée Egyptienne, j'ai écrit cet article dans l'urgence. Human Rights Watch vient de publier un rapport accablant dans lequel l'ONG parle de crime prémédité, voire même de crime contre l'humanité*. Il était grand temps ! Car depuis le coup d'Etat de juillet 2013, la répression n'a jamais cessé en Egypte et près de 40 000 personnes sont détenues dans des conditions inhumaines du fait de leur opposition au régime militaire du maréchal Al-Sissi. 

Le massacre annoncé à eu lieu. A l'aube du 14 août, l'armée a donné l'assaut des places Rabi'a Al-Adawiya et Ennahda au Caire, occupées par les Frères Musulmans et leurs partisans du président déchu Mohamed Morsi. La fracture est désormais consommée, le sang a coulé...Et continuera de couler. Bilan : 2200 morts selon la chaîne quatarienne Al-Jazeera contre 258 selon le ministère égyptien de la Santé. L'état d'urgence a été officiellement décrété. Un couvre feu instauré dans 11 des 27 provinces, où les gouverneurs ont été remplacés par des militaires. L'heure est au rétablissement de l'ordre par la force, ce qui n'empêche pas les manifestations de se poursuivre dans différentes grandes villes du pays où des églises ont été incendiées -sans que l'on sache exactement par qui- accentuant ainsi le chaos qui semble s'installer.
Les mosquées environnantes sont transformées en morgues
Car un point de non retour vient d'être atteint. La répression sanglante des manifestants met un terme à toute possibilité de dialogue politique. Désormais, une logique des camps est prévisible, entre partisans de la légitimité des urnes (Frères Musulmans et plus largement pro-Morsi) et partisans du coup d'état militaire. Les Egyptiens sont maintenant sommés de choisir leur camp, malgré la tentative de création d'une « troisième voie » (ni dictature militaire, ni islamistes) par des militants se réclamant de « la révolution du 25 janvier ». 
Devant l'ampleur du bain de sang, le vice-Président et prix Nobel de la paix Mohamed Al-Baradey donna sa démission, se désolidarisant ainsi de la répression.  « Il m'est devenu difficile de continuer à assumer la responsabilité de décisions avec lesquelles je suis en désaccord et dont je crains les conséquences », écrivit-il au président par intérim, Adly
Mohamed Al-Baradey
Mansour, pour expliquer sa décision. Sa principale mission -à savoir servir d'interface entre le gouvernement mis en place par l'armée et la communauté internationale- est en effet désormais intenable. Et ce, d'autant que plusieurs pays, dont les Etats-Unis et la France, ont condamné le recours à la force contre les manifestants, et que le Secrétariat Général de l'ONU a été saisi. Bref, la destitution du Président Mohamed Morsi par l'armée, l'éviction des Frères musulmans du jeu politique et leur diabolisation en cours laisse en effet augurer le pire... Y compris un scénario àl'algérienne quelque peu égyptiannisé ! 
Car même si le rapport de force n'est pas objectivement en leur faveur, les Frères Musulmans vont continuer à mobiliser leurs partisans, accusant le général Al-Sissi, dont ils demandent la démission, de vouloir précipiter l'Egypte dans la guerre civile. Précisons que la mort des filles respectives des leaders FM Kheirat El-Shater et Mohamed El-Beltagui durant l'assaut de la place Rabaa El-Adawiya, ne risque pas de calmer les esprits ! Un radicalisme qui rappelle celui des partisans du Front Islamique du Salut, le 12 janvier 1991, au lendemain du coup d'état militaire qui avait mis brutalement fin aux premières élections démocratiques en Algérie et précipité le pays dans une décennie sanglante. Le fait est qu'entre l'armée et la menace d'un « chaos organisé », les égyptiens sont désormais contraints de renoncer à leurs aspirations démocratiques !

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