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| John Kerry au Caire, 21 juillet 2014 |
A quoi joue la diplomatie égyptienne ? Le ministre des Affaires Étrangères, Sameh Choukri, déclarait, le 17 juillet dernier, que « si le Hamas
avait accepté la proposition égyptienne, il aurait pu sauver la vie
de 40 Palestiniens » -ceux tués lors de l'offensive terrestre
lancée le soir même par l'armée israélienne. Il se faisait ainsi
l'écho du Premier ministre israélien, Benyamin Natanyahou, qui n'a
de cesse de répéter, depuis le début de l'agression militaire de
Gaza, que seul le Hamas est responsable de la mort de la population
civile palestinienne. A première vue, les propos de Sameh Shoukri
ont de quoi surprendre. Mais ils ne sont, en fait, que la
manifestation de l'arrimage de l’Égypte du maréchal Al-Sissi à
l'axe américano-israélien dans la « guerre contre le
terrorisme ».
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| Gaza sous les bombes israéliennes |
Petit retour en arrière :
le 14 juillet dernier, alors que l'agression militaire de Gaza en
était à son septième jour, Benyamin Natanyahou créa un effet de
surprise. Il annonça, en direct à la TV, accepter un cessez-le-feu
proposé par l’Égypte, mais refusé par le Hamas. Une belle
aubaine pour Natanyahou qui fit endosser au mouvement palestinien la
responsabilité de l'intensification du pilonnage de Gaza par
l'aviation israélienne doublé, désormais, du lancement d'une
offensive terrestre. Pris au dépourvu, Sami Abou Zouhri, le porte-parole du Hamas, démentit aussitôt l'info sur Al-Jazeera,
précisant, avoir été mis devant le fait accompli. « Nous
n'avons pas été approchés directement », précisa-t-il, « et
avons appris l'initiative de cessez-le-feu par les médias ».
Alors, que s'est-t-il
réellement passé dans les coulisses du Caire ? Il semblerait
que l’Égypte aie demandé à un membre du Djihad Islamique de
jouer les entremetteuses auprès du Hamas... et aurait essuyé un
refus, les mouvements islamistes palestiniens étant tous sur
la même longueur d'onde. "La question pour nous, le Hamas, ce
n'est pas de savoir si on va rendre les armes. Nous demandons la fin
de l'injustice sur Gaza, la
fin du blocus imposé par Israël depuis plusieurs années.
Sans cela, il n'y aura pas de cessez-le-feu"*, expliquait
aussitôt clairement le Hamas dans un communiqué.
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| Ckeckpoint israélien |
Et pour cause : la
proposition de cessez-le-feu égyptienne reprend, dans les mêmes
termes, ceux de 2008 et 2012. Celle-ci prévoit un "arrêt total
des hostilités aériennes, maritimes ou terrestres" des deux
parties à compter de mardi à 6h GMT et l'ouverture, dans la foulée,
de discussions au Caire entre les deux parties, notamment sur
l'entrée de biens dans l'enclave palestinienne sous blocus depuis
2006. Autrement dit, on fait taire les armes d'abord, et on discute
ensuite, une fois le calme revenu. Or, en 2008 comme en 2012, Israël
s'était engagé à lever le blocus de Gaza ! Il l'a finalement
poursuivi -puis renforcé depuis deux ans- malgré sa condamnation
unanime par la communauté internationale. Au prétexte, bien sûr,
que sa sécurité n'était toujours pas assurée. Et comme les
dirigeants israéliens considèrent le Hamas comme l'ennemi à
abattre, ils ne seront sans doute jamais satisfaits. Pas étonnant
dès lors, qu'échaudé, le Hamas rejette la proposition égyptienne.
Et ce d'autant que l’Égypte, justement, avait chapeauté les
précédents accords.
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| Mahmoud Abbas reçu par le maréchal Al-Sissi |
Malgré ce sérieux
revers, la diplomatie égyptienne décidait de « remettre le
couvert », le 16 juillet -toujours avec la même
proposition au menu- alors que l'armée israélienne poursuivait son
offensive contre Gaza. Mahmoud Abbas, le président de l'Autorité
palestinienne qui administre les zones confetti de Cisjordanie, se
rendit donc au Caire -accompagné d'une délégation qatarie, ce qui
n'a pas été du goût des Égyptiens- de même que l'émissaire
d'Israël, Yoram Cohen, le patron du Shabak israélien (ex-Shin bet).
Cette fois, Khaled Méchaal, le leader du Hamas réfugié à Doha, au
Qatar, a été convié....mais pas directement ! L’Égypte a
encore délibérément ignoré le Hamas, se contentant de déposer
une invitation à son nom sur le bureau de la Ligue arabe. Le moins
que l'on puisse dire, c'est que le procédé est plutôt étrange !
La réaction du Hamas ne
s'est donc pas fait attendre : Moussa Abou Marzouk, son
représentant basé dans la capitale égyptienne, remettait à
Mahmoud Abbas, et aux délégués de la Ligue arabe, de la Turquie et
du Qatar -tout en en informant l’Égypte- une demande de son
mouvement réclamant que la proposition de trêve inclue l'ouverture
des points de passage entre Israël et Gaza, et la libération de
dizaines de cadres et militants qui avaient été de nouveau arrêtés
en Cisjordanie, lors des rafles effectuées par l'armée israélienne
à la suite de l'assassinat des trois jeunes Israéliens enlevés le
12 juin dernier. Ces prisonniers palestiniens avaient été libérés
en 2011, en échange de la restitution du soldat israëlien Gilad
Shalit.
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| Moussa Abou Marzouk |
Bref, cette seconde
tentative se solda par un camouflet encore plus cinglant pour la
diplomatie égyptienne. Et, summum de l'échec, Mahmoud Abbas, qui a
rencontré Moussa Abou Marzouk, a fait siennes les demandes du Hamas.
C'est la première fois que le président palestinien est
publiquement cité par le Hamas au pouvoir à Gaza, comme partie prenante du processus. Logique : le 23 avril dernier, l'OLP et le
mouvement islamiste se sont enfin réconciliés, mettant en place un
gouvernement d'union nationale transitoire, chargé dans les six mois
d'organiser des élections législatives et présidentielles . Les
dernières législatives dans les Territoires palestiniens, en 2006,
avaient été gagnées par le Hamas. Et la dernière
présidentielle, remportée par Mahmoud Abbas, date de 2005. Le
gouvernement transitoire palestinien, composé uniquement de
personnalités indépendantes et de technocrates, avait été salué
par l'Union Européenne et les États-Unis, satisfaits de constater
qu'aucun membre du Hamas n'y figurait. Mais Israël vit rouge !
A peine le cabinet annoncé, trois des ministres du nouveau
gouvernement palestinien, qui vivent dans la bande de Gaza, n’ont
pu se déplacer à Ramallah, Israël ayant refusé de les laisser
passer.
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| Khaled Mechaal, dirigeant du Hamas |
L’Égypte donc, qui
comptait sur la Ligue arabe pour soutenir son initiative, ne
s'attendait certainement pas à la décision de Mahmoud Abbas, lui
qui jusqu'à présent, s'était plié à toutes les concessions
demandées par Israël et ses soutiens étatsuniens et européens. Le
président de l'Autorité palestinienne s'envola ensuite pour Doha où
il réaffirma son soutien à Khaled Méchaal. Malgré le ballet
incessant au Caire de diplomates jusqu'au 22 juillet -Tony Blair,
Laurent Fabius puis John Kerry pour ne citer qu'eux- Israël
intensifiait son offensive contre Gaza, faisant passer le nombre de
victimes civiles à plus de 800 morts, 3000 blessés et 20 000 sans
abris -les chiffres augmentant chaque jour à un rythme vertigineux !
L’Égypte, disqualifiée
comme intermédiaire, malgré la montée au créneau du
président-maréchal Al-Sissi, fut donc finalement exclue. Ce dernier
finit par larmoyer, lors d'un discours télévisé diffusé le 23
juillet, sur le mode : « Juste
pour être clair : cette initiative ne comportait aucune
condition. Nous l'avons dit au début : d'abord un
cessez-le-feu puis l'ouverture de passages pour l'aide humanitaire ».
Toujours le même copié-collé de la position israélienne !
Pas dupes, les dirigeants du Hamas ont d'ailleurs exigé, dès le
début, que l’Égypte soit écartée de toute discussion, n'ayant
confiance qu'en la Turquie et le Qatar pour servir d'intermédiaires.
Tony Blair déclare officiellement son soutien à Benyamin Natanyahou, 17 juin 2014
On le comprend aisément, compte tenu de cette révélation de
Arabi21 : l'initiative endossée par les Égyptiens aurait été
en fait concoctée par les Israéliens et Tony Blair, malgré sa
désapprobation par les USA, afin de court-circuiter une initiative
équivalente déjà lancée par le Qatar. Résultat des courses :
les États-Unis et l'ONU ont pris le relais ! John Kerry s'est
rendu à Tel Aviv et Jérusalem pour y rencontrer Benyamin Natanyahou
et Mahmoud Abbas, tandis que Ban Ki-Moon s'entretenait à Doha avec
Khaled Méchaal. Autant dire que l’Égypte a définitivement perdu
la main, elle qui escomptait sans doute être sous le feu des
projecteurs et retrouver un rôle prépondérant dans la région.
Son
scénario n'a tout simplement pas fonctionné à cause d'un
« court-circuit » de taille ! Comment le courant
pourrait-il en effet passer entre l’Égypte et le Hamas, compte
tenu de la répression qui s'est abattue sur ses
militants. En mars dernier, un tribunal égyptien ordonnait
l'interdiction du mouvement islamiste et la saisie de ses biens.
« Une telle décision vise à étrangler la résistance et sert
l'occupation israélienne », déclara le jour même Bassem
Naïm, conseiller pour les Affaires étrangères du chef du
gouvernement du Hamas, Ismaïl Haniyeh. Dans le même temps, la
presse égyptienne annonçait que les autorités envisageraient de
révoquer la citoyenneté de 13 757 Palestiniens vivant en Égypte,
présumés être membres du Hamas. Motif : « affiliation à
une branche du groupe terroriste les Frères musulmans ».
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| L'armée égyptienne se déploie dans le Sinaï |
Logique : depuis le coup d’État du maréchal Al-Sissi
contre le président Mohamed Morsi, en juillet 2013, le Hamas a été
déclaré « organisation terroriste ». En septembre 2013,
l'armée égyptienne s'est lancée dans de vastes opérations dans le
Sinaï, dans le but de créer une zone tampon le long de la frontière
entre l’Égypte et la bande de Gaza. La dernière, en février
2014, avait commencé par la destruction de dix tunnels de
contrebande et de sept maisons dans la ville frontalière de Rafah,
aggravant ainsi le blocus économique qui étrangle les Gazaouis. Et
pour couronner le tout, les militaires égyptiens, qui avaient déjà
fortement renforcé les contrôles au poste-frontière de Rafah
depuis la chute de Moubarak- ont finalement fini par le fermer.
Officiellement pour « lutter contre le terrorisme », mais
en réalité pour ne pas être accusés par leur voisin belliqueux de
reconnaître, de
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| Barrière de d'acier électronique le long de la frontière |
fait, le gouvernement du Hamas sur Gaza. Sans
oublier : la barrière de d'acier électronique, équipée de
caméras ultrasensibles, érigée entre Al-Arish, au nord du Sinaï et
la ville balnéaire d'Eilat en Israël; et le mur plus épais,
construit en sous-sol depuis 2009, sur 10 km le long de la frontière
avec Gaza. Enfin, Le 15 juillet dernier, l'armée égyptienne
bloquait successivement deux convois humanitaires à Al-Arish. Le
premier, organisé par des médecins palestiniens et européens, a
dû faire demi-tour vers le Caire. Idem le 20 juillet, pour un autre
convoi, mené cette fois par une association égyptienne qui avait
mobilisé 500 militants. Le poste frontière de Rafah, n'a été
finalement ré-ouvert que pour deux jours, les 17 et 18 juillet, à
la demande insistante de Mahmoud Abbas, mais pour ne laisser passer
que des ambulances, quelques camions chargés de médicaments et de
vivres, ainsi que les ressortissants égyptiens en provenance de
Gaza.
Précisons
qu'Israël, juste avant de s'engager dans son offensive terrestre,
avait annoncé la couleur. A savoir, obtenir une démilitarisation de
la bande de Gaza auréolée de l'assentiment de la communauté
internationale. On comprend donc mieux pourquoi l'Égypte insistait
lourdement
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| départ de l'OLP en 1982 du Liban |
pour faire avaliser son initiative de cessez-le-feu. La
reddition du Hamas aurait pu être la cerise sur le gâteau de
son idylle avec Israël ! Mais le sort, où plutôt la
perspicacité des dirigeants du Hamas en a décidé autrement. Car
désormais, c'est l'ensemble des mouvements nationalistes
palestiniens, laïques et islamistes, qui font front. A Ramallah,
Yasser Abd Rabbo, le secrétaire général de l'OLP a d'ailleurs
enterriné la demande du Hamas, au nom du programme national
palestinien pour aboutir à un État souverain. Et ce, en des termes
ne laissant aucune place à l'équivoque : « Les demandes
de la résistance sont aussi nos demandes. Si Gaza est brisée, tous
les Palestiniens le seront ! » Yasser Abd Rabbo se
souvient certainement de la reddition de l'OLP en 1982 au Liban,
suivie de son départ de Beyrouth. Reddition qui avait été suivie
par les massacres de Sabra et Chatila !
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| Manifestation à Ramallah, 25 juillet 2014 |
Présentement,
la situation se radicalise sur le terrain : Israël amplifie la
pression militaire sur Gaza, tandis que les Palestiniens de
Cisjordanie ont lancé, depuis jeudi dernier, une troisième
Intifada,
ouvrant ainsi un second front au cœur d'Israël. John Kerry n'a pu
finalement obtenir de Natanyahou qu'une nouvelle trêve humanitaire
de 12 heures à compter du 26 juillet, tandis que les discussions se
poursuivent avec le Hamas. Ses dirigeants estiment, en effet, que la
proposition de l'émissaire américain ressemble trop, à quelques
nuances près, à celle d'Israël. En définitive, quelque soit l'évolution à
venir de ce nouvel épisode de cette « guerre asymétrique »,
l’Égypte d'Al-Sissi s'est révélée être un fidèle allié
d'Israël dans la région.
*Conditions du Hamas
pour un accord de cessez-le feu : la levée complète du blocus
de Gaza, en place depuis 2006 ; l'ouverture du poste-frontalier
de Rafah avec l’Égypte ; la liberté de mouvement pour les
Gazaouis à la frontière avec Israël ; la suppression de la «
zone tampon » interdite aux habitants de Gaza ; l'autorisation
de pêcher jusqu'à 12 milles marins des côtes de Gaza ; la
libération de prisonniers (ceux qui avaient été dans un premier
temps libérés en échange du soldat israélien Gilad Shalit en 2011)
Publié sur Tlaxcala : http://www.tlaxcala-int.org/article.asp?reference=12961
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